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Esclavage et Économie de Plantation

L’exploitation des nombreuses plantations de café, sucre, tabac, coton, et cacao demandent une importante main d’œuvre. Commence alors une période d’esclavage qui va durer plus de 200 ans de 1641 à 1848. Les colons importent massivement des esclaves africains et mettent en place le commerce triangulaire.

Les Révoltes martiniquaises

Bien que sévèrement réprimées par les autorités coloniales, plusieurs révoltes d’esclaves sont organisées au fil des décennies (1699, 1710, 1748, 1752). La plus ancienne date de 1678. Un nombre grandissant d'esclaves rebelles secoue et perturbe la colonie. Ce groupe, constitué d'une quarantaine d'esclaves, est finalement capturé. Leur sort sera décidé par le gouverneur de l'époque, le Compte De Blénac. La moitié d'entre eux est fusillée ou pendue, et les chefs et meneurs tués par noyade après avoir été châtiés. 

Après la déclaration des Droits de l'Homme de 1789, une vague d'espoir déclenche une révolte d'esclaves, et la montée au créneau des hommes libres de couleurs qui réclament l'égalité face aux colons. Le mouvement se heurte à la forte résistance des planteurs qui voit d'un mauvais oeil cette perte de privilèges annoncée. L'année suivante ils font massacrer les hommes libres de couleur qui arborent la cocarde tricolore dans la ville de St Pierre. 

En 1791, la révolte des esclaves gronde à Saint Domingue qui est alors la plus grande des colonies de l'archipel. Les planteurs royalistes de la Martinique n'entendent pas laisser s'installer ce vent de révolte dans leurs plantations et reprennent le dessus.  

Au fil des années, le sujet de la poursuite ou de l'arrêt de la traite négrière divise la France. En 1792, le soutien financier accordé aux planteurs est supprimé dans l'espoir de voir le commerce d'esclaves diminuer. En 1794 la première abolition de l’esclavage est finalement votée par la République française. 

Les planteurs royalistes profitent de la reprise de la Guerre avec les anglais depuis 1793 pour négocier avec ces derniers. Deux jours avant la promulgation de l'abolition en Martinique, celle-ci repasse sous contrôle britannique avec la complicité des colons français.

La première abolition n'est donc pas appliquée en Martinique et 20000 esclaves supplémentaires arrivent sur l'île. 

L'île de Tobago située plus au sud subira le même sort. Les seules colonies françaises qui profitent de cette première abolition sont la Guadeloupe et la Guyane. 
Capture du Fort Louis par les anglais le 20 mars 1974
Attaque et capture du Fort Louis par les anglais le 20 mars 1794
Source de l'image : Wikipédia
Reprise par les troupes napoléoniennes en 1805, la Martinique redevient française, mais ne profite toujours pas de l'abolition. En effet depuis 1802 Napoléon Bonaparte a rétabli l'esclavage dans l'ensemble des colonies françaises. 

La liberté semble fuir les esclaves martiniquais mais ces derniers conservent toute leur détermination. La quête de cette libération passe par une nouvelle série de soulèvements. En Martinique comme ailleurs, les hommes connaissant l'épopée de leurs frères d'Haiti, devenue la première république noire, après avoir défait la grande armée napoléonienne. Dès 1807 les hostilités reprennent. Un nouveau soulèvement intervient en 1820. La révolte du Carbet de 1822 marque les esprits et rentre dans l'histoire. 

Le 12 octobre 1822, à la tombée de la nuit, une trentaine d'esclaves met sur pied et exécute un plan bien ficelé. Ces hommes profitent de leur relative liberté de mouvement pour se procurer des armes. Grâce à l'effet de surprise, ils débarquent dans une première habitation, armés de fusils et de coutelas. Le propriétaire est mutilé et égorgé. Le groupe de rebelles tente de rallier les esclaves des plantations voisines 

L'alerte est finalement donnée et une chasse à l'homme commence. Elle va durer plusieurs semaines sur fond d'enchères sur les primes d'arrestations. La milice en charge des recherches va minutieusement capturer les 64 participants et les meneurs. Seul l'esclave Pierre échappe aux représailles. Il meurt mystérieusement d'une chute lors de sa traque.

Les autres seront mutilés, marqués au fer rouge, fouettés, ou condamnés à mort par pendaison ou décapitation. 
L'exécution en place publique a lieu à Saint Pierre le 19 novembre 1822. 
Révolte d'esclage réprimée à St Pierre en 1835
Révolte d'esclaves réprimée à Saint Pierre
Source de l'image : Wikipédia

L'Abolition de l'Esclavage en Martinique

D'autres soulèvements auront lieu jusqu'à la libération. Le 21 mai 1848, alors que l'annonce de la proclamation de l'abolition fait son chemin dans les colonies, l'esclave Romain est emprisonné pour avoir joué du tambour. Ce geste, perçu comme un appel au ralliement contre l'autorité du maître, est à l'origine de son arrestation.

La contestation par de nombreux esclaves et la mobilisation grandissante contre cette injustice dans toute la Martinique, va aboutir à sa libération et à la signature par anticipation du décret d'abolition. La libération définitive intervient le 22 mai 1848. Environ 70000 esclaves retrouvent ainsi la liberté.

Dans une forme de vérité historique, il est donc tout à fait possible de déclarer que les esclaves martiniquais ont obtenu leur libération du fait de leurs actions et de leurs soulèvements répétés. Bien que Victor Schoelcher eut été abolitioniste, il sentait et savait assurément que la situation n'était pas tenable en l'état et son décret ne viendra qu'officialiser cet etat de fait au sein de la République. 

La "paternité" de cette libération fait encore débat aujourd'hui.
Abolition de l'esclavage
Source de l'image : Wikipédia

Le saviez vous ?

Avec le décret d’abolition la France décide de tourner une page sombre de son histoire avec l’arrêt de la traite négrière et humaine. Cependant, le contenu de l’article 5 du décret résonne encore aujourd’hui en raison de ses conséquences économiques et sociales.

Art 5. : L'Assemblée nationale réglera la quotité de l'indemnité qui devra être accordée aux colons.

Cette indemnité d’un montant total de 126 millions de francs et ses modalités sont votées et adoptés avec les lois des 19 janvier, 23 et 30 avril 1849.

Tout part de la réticence des colons et possesseurs d’esclaves et de plantations qui menacent de quitter les colonies si l’abolition est confirmée. Ce chantage met en péril l'économique des colonies mais menace également la présence et la souveraineté de la France sur ces territoires.

Les colons de la Martinique, Guadeloupe, Guyane, Sénégal, de la Réunion et de Madagascar (Nosy Bé et Sainte Marie) ont profité de cette indemnisation en plus du fait de conserver les terres coloniales.

La période post-abolition

La liberté n'est pas la source des réjouissances espérées. La situation n’a guerre évolué. Les anciens esclaves deviennent des travailleurs libres mais sous-payés, souvent dans les mêmes plantations. Une période d'instabilité, sur fond de racisme et d'injustices, entraine une nouvelle vague d'insurrections qui seront tout aussi durement réprimées. L'insurrection de septembre 1870 à Rivière Pilote, avec en particulier l'histoire de Lumina Sophie, dite surprise, est un cas historique.

Dès la proclamation de 1848, les colons recherchent d'autres travailleurs pour palier à la pénurie de main d'oeuvre. Ils font alors appel aux travailleurs contractuels d'Inde et de Chine. Les 300 premiers indiens arrivent à St Pierre le 6 mai 1853 avant que des milliers d'autres ne leur empruntent le pas et se dispersent dans les autres îles.

Ces derniers sont engagés pour une durée de 5 ans, mais ce contrat se sera jamais honoré et ils ne reverrons jamais leur terre natale.

Cette période est à l’origine du métissage des populations des colonies de la Caraïbe. Une dernière vague d’immigration de libanais et de syriens, persécutés dans leurs pays, intervient dans le 1er tiers du XXème siècle.
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