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Période esclavagiste de la Réunion

Alors que l'esclavage est bien établi dans les colonies des Antilles, il le sera de manière plus tardive à la Réunion. Tout commence par une forme d'exploitation illégale et non officielle des populations malgaches et indiennes par les premiers colons. Le développement et l'intensification des productions de café et d'épices entrainent une importation massive et officielle d'esclaves, dont une partie viendra d'Afrique de l'Est. 

Les îles des Mascareignes sont également concernées par le Code Noir qui rentre en vigueur en 1685, même s'il sera appliqué avec des variantes bien spécifiques à l'océan indien.  Sur les 52000 habitants recensés en 1789, plus de 80% sont des esclaves. 

Le Marronnage

Au statut inhumain d'esclave, travailleur forcé arraché malgré lui de sa terre natale, puis battu et humilié, des conditions de vie très dures viennent se rajouter. L'habitat se résume à des cases sans confort qui n'offrent qu'une simple toiture protégeant principalement du soleil et de la pluie. Malgré la richesse des ressources de l'île, l'alimentation est quasi exclusivement végétarienne. Étroitement surveillés, les esclaves n'ont que de rares opportunités de chasser ou de pêcher. La « noble » viande est réservée aux maîtres et n'est que rarement servie aux esclaves. 

Logiquement l'avidité de liberté se fait sentir. Certains tentent de quitter l'île par la mer, d'autres se réfugient dans les hauteurs de l'île. Il est vrai que l'activité de la colonie se concentre autour du littoral et laisse les zones densément boisées dans leur état état d'origine, une véritable forêt vierge. 

Dans un premier temps le marronage est pratiqué par les esclaves malgaches. Les esclaves originaires d'Afrique orientale font de même à partir des années 1730. Les marrons se réfugient dans des zones difficiles d'accès, sur les remparts ou dans les forêts dont la densité rend la traversée extrêmement difficile. Les sentiers n'existent pas encore à l'époque. Parmi les premiers sites, on compte les hauts de la rivière du Mât, de la rivière des Galets, de la rivière St Étienne, la plaine des Caffres et Cilaos.  Au XVIIIe siècle, viennent se rajouter, entre autres, les sites emblématiques de Salazie, Mafate, et de la forêt de Bébour. Les marrons constituent donc les premiers habitants des cirques où des communautés avec des chefs s'organisent peu à peu. Les cirques portent des noms d'origines malgaches. Cilaos viendrait du terme tsilaosa qui signifie « le lieu que l'on ne quitte pas » 

La chasse aux marrons est organisée à partir de 1730 afin de récupérer cette main d'oeuvre « perdue » dans la nature. La traque est très lucrative en raison du montant important des primes. La règle est simple. Les esclaves doivent être ramenés morts ou vivants. Les captifs repris sont condamnées à être tués ou à subir d'atroces supplices avant d'être remis au travail.

La mission ne fut pas aisée pour les chasseurs, malgré l'expérience et l'efficacité de certains d'entre eux. Les marrons avaient une organisation, une maitrise et une parfaite connaissance du territoire qui leur donnaient un avantage sur leurs poursuivants. Ils se sont vaillamment défendus au point de rentrer dans l'histoire. Les plus célèbres sont Cimendef (qui signifie non esclave), le couple mythique Anchaing et Héva, Dimitile, le chef Laverdure et sa reine Tsaralava, et Mafate (celui qui tue)

De la Révolution Française à l'Abolition de l'Esclavage

Après la Révolution Française, vient le temps de la Convention qui abolit l'esclavage le 4 février 1794. Malheureusement, seules les Colonies de la Guadeloupe et de la Guyane en bénéficient. 

Dans l'Océan Indien, les assemblées coloniales de la Réunion et de Maurice contestent et rejettent cette décision. En juin 1796, les commissaires, venus de France pour faire appliquer l'abolition, sont expulsés des Mascareignes. Ce fait d'arme, appuyé par le Gouverneur Malartic en poste à Maurice, maintient donc 80 000 hommes captifs. La Réunion rentre alors dans une phase de sécession et d'autonomie vis à vis de la France. La population et les esclaves subissent une oppression qui porte le nom de dictature. Ce régime prend fin avec l'avènement de l'Empire en 1801. Malheureusement pour les esclaves, Napoléon offre aux colons le rétablissement officiel de l'esclavage en 1802. 

Les années qui suivent sont les témoins d'un enchaînement d'événements variés. Tout d'abord, en raison de la guerre avec les anglais, l'île subit un blocus dès 1808 avant de passer sous contrôle britannique de 1810 à 1814. Durant cette occupation deux révoltes d'esclaves sont réprimées et écrasées par les anglais en 1809 et 1811. 

Les cultures historiques de café et de girofles subissent des revers météorologiques multiples en 1807. Le café en déclin est délaissé au profit de la canne à sucre qui prendra son essor dans les décennies qui vont suivre. En 20 ans près de 200 sucreries voient le jour. 

Après des années de transition, d'évolutions technologiques, d'organisation administrative, la Réunion bénéficie enfin de la proclamation du décret d'abolition de l'Esclavage le 20 décembre 1848. Un peu plus de 60 000 hommes recouvrent la liberté.   

Le saviez-vous ? 

Avec le décret d’abolition la France décide de tourner une page sombre de son histoire avec l’arrêt de la traite négrière et humaine. Cependant, le contenu de l’article 5 du décret résonne encore aujourd’hui en raison de ses conséquences économiques et sociales.

Art 5. : L'Assemblée nationale réglera la quotité de l'indemnité qui devra être accordée aux colons.

Cette indemnité d’un montant total de 126 millions de francs et ses modalités sont votées et adoptés avec les lois des 19 janvier, 23 et 30 avril 1849.

Tout part de la réticence des colons et possesseurs d’esclaves et de plantations qui menacent de quitter les colonies si l’abolition est confirmée. Ce chantage met en péril, à la fois le marché économique associé aux colonies, mais également la présence et la souveraineté de la France sur ces territoires.

En plus du fait d'avoir conservé les terres coloniales, les colons de la Réunion, de la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, le Sénégal, et de Madagascar (Nosy Bé et Sainte Marie) ont largement profité de cette indemnisation.
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